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Épargne & fiscalité

Assurance-vie et succession : transmettre sans (trop) de fiscalité

Abattement 152 500 € par bénéficiaire, avant/après 70 ans, clause bénéficiaire : comment l'assurance-vie transmet hors succession, avec cas chiffrés 2026.

Mis à jour le 15 juin 20269 min de lecture
Assurance-vie et succession : transmettre sans (trop) de fiscalité
Sommaire · Pourquoi l'assurance-vie échappe (en partie) à la succession

L'assurance-vie est l'un des principaux outils de transmission patrimoniale en France, et c'est largement pour des raisons fiscales. Bien utilisée, elle permet de transmettre un capital en grande partie hors droits de succession, à qui tu veux, avec des abattements qu'aucune autre enveloppe n'offre. Ce guide détaille la fiscalité de la succession en assurance-vie en 2026 : avant et après 70 ans, le rôle de la clause bénéficiaire, et les cas chiffrés qui comptent. Pour le fonctionnement général de l'enveloppe, pars du guide complet de l'assurance-vie.

Pourquoi l'assurance-vie échappe (en partie) à la succession

Au décès, le capital d'une assurance-vie n'est pas traité comme le reste du patrimoine. En vertu de l'article L132-12 du Code des assurances, il est versé directement aux personnes désignées dans la clause bénéficiaire, sans passer par la masse successorale civile partagée entre héritiers (l'article L132-13 encadrant, lui, l'absence de rapport et la limite des primes exagérées). C'est ce qui lui permet de bénéficier d'un régime fiscal dérogatoire, souvent bien plus doux que les droits de succession classiques.

Trois garde-fous existent quand même. Les primes manifestement exagérées au regard de tes revenus et de ton patrimoine peuvent être contestées par les héritiers et réintégrées dans la succession (le juge apprécie au cas par cas, selon ton âge et l'utilité de l'opération). Les versements après 70 ans subissent une réintégration partielle, détaillée plus bas. Enfin, comme l'assurance-vie échappe au rapport et à la réduction, avantager très fortement un bénéficiaire peut rompre l'équilibre entre héritiers ou entamer la réserve héréditaire : un héritier lésé n'a alors de recours que sur le terrain, difficile, des primes exagérées.

Avant 70 ans : l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire

C'est le régime le plus avantageux, encadré par l'article 990 I du CGI. Pour les sommes versées avant ton 70ᵉ anniversaire, chaque bénéficiaire désigné profite d'un abattement de 152 500 €, tous contrats confondus. L'assiette porte sur le capital transmis, primes et gains compris.

Au-delà de l'abattement, la part taxable de chaque bénéficiaire est soumise à un prélèvement de 20 %, qui passe à 31,25 % pour la fraction dépassant 700 000 € (par bénéficiaire, après abattement). Ce n'est pas un droit de succession au barème : c'est un prélèvement spécifique, indépendant du lien de parenté.

Cet abattement de 152 500 € se cumule par ailleurs avec les abattements de donation classiques : 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans (article 779 du CGI). Sur une vie, tu peux donc combiner donations de ton vivant et capital transmis par assurance-vie, ce qui démultiplie ce qui passe hors droits.

Assurance-vie après 70 ans : abattement réduit, gains exonérés

Pour les primes versées après 70 ans, c'est l'article 757 B du CGI qui s'applique, avec une logique différente. L'abattement n'est plus que de 30 500 €, et il est global : il se partage entre les bénéficiaires taxables, au prorata de leur part (le conjoint ou partenaire de PACS, exonéré, ne le consomme pas).

Subtilité souvent mal comprise : seules les primes (l'argent que tu as versé) au-delà de 30 500 € sont réintégrées dans la succession et taxées au barème selon le lien de parenté. Les gains et intérêts produits par ces versements échappent, eux, aux droits de succession (les prélèvements sociaux de 17,2 % restant dus sur ces gains).

Avant 70 ans ou après 70 ans : le tableau de synthèse

CritèreVersements avant 70 ansVersements après 70 ans
Article du CGI990 I757 B
Abattement152 500 € par bénéficiaire30 500 € global (tous bénéficiaires)
Assiette taxablePrimes + gainsPrimes seulement (gains exonérés)
Taxation au-delà20 %, puis 31,25 % (> 700 000 €)Barème des droits de succession (selon lien)
Conjoint / PACSExonéré, sans plafondExonéré, sans plafond

Les deux régimes se cumulent sur un même contrat si tu as versé avant et après 70 ans : chaque enveloppe d'abattement joue de son côté.

Note sur les vieux contrats : des règles dérogatoires s'appliquent aux contrats souscrits avant le 20 novembre 1991 et aux primes versées avant le 13 octobre 1998, souvent bien plus favorables. Si tu détiens un très ancien contrat, fais vérifier son régime exact avant de raisonner avec les chiffres ci-dessus.

La clause bénéficiaire : ce qui décide vraiment de tout

Reste le maillon décisif : la clause bénéficiaire. Mal rédigée, elle peut réduire à néant tout le reste, car c'est elle qui nomme qui reçoit quoi. La formule type, « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers », installe un ordre de secours qui évite que le capital ne retombe dans la succession faute de bénéficiaire vivant.

Deux points techniques à connaître :

  • L'acceptation fige le contrat. Tant que le bénéficiaire n'a pas accepté, tu gardes la main (changer de bénéficiaire, racheter, arbitrer). Une fois la clause acceptée, tu perds cette liberté. À ne pas faire accepter sans raison.
  • Le démembrement (usufruit au conjoint, nue-propriété aux enfants) permet de transmettre sur deux générations. Le conjoint usufruitier perçoit, et souvent dispose, du capital, à charge d'une créance de restitution au profit des enfants à son décès ; l'abattement de 152 500 € se répartit entre usufruitier et nu-propriétaire selon le barème lié à l'âge (art. 669 du CGI). Puissant, mais technique : à monter avec un professionnel.

Le détail de la rédaction est dans la fiche clause bénéficiaire.

Conjoint, PACS, petits-enfants : qui paie quoi

Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont totalement exonérés, sans plafond, sur les capitaux d'assurance-vie reçus, qu'ils proviennent de versements avant ou après 70 ans (loi TEPA de 2007). Côté fiscal, ils n'ont donc rien à payer.

Attention toutefois au partenaire de PACS : sans testament, il n'hérite de rien par défaut, car il n'est pas un héritier légal. La clause bénéficiaire est alors son seul vrai outil de protection. Pense à le nommer explicitement (« mon partenaire lié par un PACS, [Prénom Nom] ») plutôt que « mon conjoint », terme qui désigne juridiquement l'époux marié. Pour un couple, chacun désigne souvent l'autre : c'est la clause croisée.

L'enjeu fiscal se concentre donc sur les enfants, petits-enfants et tiers. L'abattement de 152 500 € avant 70 ans vaut pour n'importe quel bénéficiaire, sans condition de lien de parenté : désigner des petits-enfants est ainsi un levier classique pour transmettre en sautant une génération. En revanche, pour un bénéficiaire sans lien de parenté (concubin non pacsé, ami) sur les versements après 70 ans, la part réintégrée est taxée au barème des tiers, soit 60 %. Avant 70 ans, le prélèvement du 990 I reste lui indifférent au lien de parenté.

Au nom de l'enfant ou à ton nom avec clause bénéficiaire ?

C'est la question qui revient le plus chez les parents. Deux options :

  • Contrat ouvert à ton nom, enfant désigné bénéficiaire : tu gardes le contrôle total du capital de ton vivant (rachats, arbitrages), et la transmission ne se déclenche qu'à ton décès. C'est l'option la plus souple dans la grande majorité des cas.
  • Contrat ouvert au nom de l'enfant : l'argent lui appartient. À sa majorité (18 ans), il en dispose librement, que ça te plaise ou non. Un pacte adjoint peut toutefois repousser cette libre disposition au-delà de 18 ans (souvent jusqu'à 25 ans). Utile pour constituer un capital qui lui revient, mais tu perds la main tôt.

Pour transmettre tout en gardant la main, la clause bénéficiaire l'emporte donc presque toujours.

Tu es le bénéficiaire : démarches et délais

Si tu reçois (ou penses recevoir) un capital, le parcours est différent. En cas de doute sur l'existence d'un contrat à ton nom, l'AGIRA centralise les recherches. Pour débloquer les fonds, l'assureur demande l'acte de décès, une pièce d'identité et un RIB ; il dispose ensuite d'un mois après dossier complet pour verser le capital, faute de quoi des intérêts de retard courent.

Côté fiscal, deux circuits coexistent : pour les sommes relevant du 990 I (avant 70 ans), l'assureur prélève lui-même le 20 % / 31,25 % et tu reçois le net, sans rien à avancer ; pour le 757 B (après 70 ans), la part taxable est intégrée à la déclaration de succession via le notaire. L'abattement s'apprécie par couple défunt / bénéficiaire : si tu es bénéficiaire de plusieurs personnes différentes, tu profites d'un abattement par défunt.

Pour aller plus loin

Une fois la stratégie de transmission posée, le choix du contrat compte aussi (frais, supports, antériorité) : voir comment choisir une assurance-vie. Et si tu compares avec le PER, garde en tête que son traitement au décès suit des règles différentes de celles de l'assurance-vie.


Sources : Code général des impôts art. 990 I et 757 B ; Code des assurances art. L132-12 et L132-13 ; loi TEPA n° 2007-1223 du 21 août 2007 (exonération conjoint/PACS) ; Légifrance et BoFiP. Chiffres à jour au 15 juin 2026.

Questions fréquentes

Quel est l'abattement de l'assurance-vie en cas de succession ?

Pour les sommes versées avant les 70 ans de l'assuré, chaque bénéficiaire désigné profite d'un abattement de 152 500 €, tous contrats confondus (article 990 I du CGI). Au-delà, la part taxable est prélevée à 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 %. Pour les versements après 70 ans, l'abattement tombe à 30 500 € global, partagé entre tous les bénéficiaires (article 757 B), mais les gains restent exonérés.

L'assurance-vie fait-elle partie de la succession ?

En principe non. Le capital transmis via la clause bénéficiaire est versé hors succession civile et suit un régime fiscal à part. Deux limites : les primes jugées « manifestement exagérées » au regard de tes facultés peuvent être réintégrées par les héritiers, et les versements après 70 ans sont partiellement réintégrés pour le calcul des droits.

Que se passe-t-il pour les versements après 70 ans ?

Seules les primes (l'argent versé) au-delà de 30 500 € global sont réintégrées dans la succession et taxées au barème selon le lien de parenté. Les gains et intérêts produits par ces versements, eux, sont totalement exonérés. Continuer à alimenter une assurance-vie après 70 ans garde donc un intérêt, surtout pour les gains.

Le conjoint paie-t-il des droits sur l'assurance-vie ?

Non. Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont totalement exonérés, sans plafond, qu'il s'agisse de versements avant ou après 70 ans (loi TEPA de 2007). L'enjeu fiscal de la transmission concerne donc surtout les enfants, petits-enfants et tiers.

Faut-il ouvrir l'assurance-vie au nom de l'enfant ou à son nom avec une clause bénéficiaire ?

Le plus souvent, à ton nom avec une clause bénéficiaire désignant l'enfant. Tu gardes ainsi le contrôle total du capital de ton vivant (rachats, arbitrages), alors qu'un contrat ouvert au nom de l'enfant lui appartient et devient librement disponible pour lui à ses 18 ans. La clause bénéficiaire transmet au décès tout en te laissant la main avant.

Combien peut-on transmettre à deux enfants sans fiscalité ?

Avec des versements effectués avant 70 ans, jusqu'à 305 000 € (2 × 152 500 €) hors droits, via le prélèvement spécifique de l'article 990 I. Cet abattement est distinct et s'ajoute aux abattements de donation classiques (100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans). C'est ce cumul qui fait de l'assurance-vie un outil de transmission à part.

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